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Alternative Libertaire Moselle

Violences conjugales : 223 000 femmes victimes chaque année

En France, une femme décède tous les trois jours sous les coups de son conjoint. Si c’est si fréquent, c’est que ce n’est pas un accident, c’est que ce n’est pas une question de personnes, et surtout, c’est que ça n’arrive pas qu’aux autres.

La violence conjugale, c’est un ensemble de violences psychologiques et physiques, d’agressions verbales, physiques et sexuelles, qui visent la mise à mort d’une femme en tant que personne autonome, risquant d’aboutir à sa mise à mort réelle.

Qu’appelle-t-on violences conjugales ?

Contrairement à une idée répandue, les violences conjugales ne désignent pas que des coups. Entrent dans la catégorie de violences conjugales :

  • les agressions verbales : insultes et injures,
  • les pressions psychologique  : remarques et interdits constants consistant à contrôler, humilier, intimider, isoler (surveiller voire empêcher les contacts avec d’autres personnes), dénigrer et dévaloriser...
  • les agressions physiques,
  • les agressions sexuelles et le viol conjugal.

Cette définition des violences conjugales n’a pas été inventée par des féministes radicales – qui néanmoins la partagent – mais c’est celle utilisée par la première grande enquête réalisée en France sur la question, et commandée par le gouvernement  : l’Enquête nationale sur les violences envers les femmes en France (Enveff), qui date de 2000.

Violences psychologiques comme physiques visent à asseoir la domination totale de l’homme sur la femme, dans une perspective tyrannique, où tout concourt à installer un climat de terreur . Ce climat de terreur permet la soumission et l’isolement affectif et social de la femme, pour mieux la contrôler. L’objet de la colère de l’homme peut être important ou futile, peu importe, il est arbitraire, puisqu’il s’agit avant tout de faire vivre dans la crainte.

Comment ça fonctionne ?

Les violences conjugales sont encore largement invisibilisées dans notre société, seules 16% des femmes battues déposent une plainte. Les autres renoncent à le faire, souvent pour protéger leurs enfants, leur réputation ou par peur. La violence conjugale repose sur un processus complexe où l’emprise psychologique du conjoint violent réduit à néant l’estime de soi et la capacité d’agir chez les victimes.

On parle souvent du « cycle de la violence conjugale », qui se répète continuellement : d’abord la violence monte jusqu’à atteindre un point de crise, auquel succèdent les regrets, promesses et excuses, lors d’une phase idyllique appelée «  lune de miel  ». C’est ce qui permet de comprendre que beaucoup de femmes gardent espoir au lieu de sortir de cette situation. Pourtant, la violence revient toujours de façon cyclique.

De même que le viol est favorisé par une « culture du viol » qui le légitime, de même, les représentations dominantes de l’amour justifient et banalisent les violences conjugales. Parmi ces représentations, on trouve, d’une part, celles qui présentent l’amour comme un sacrifice, un don total de soi et un abandon à l’autre  ; d’autre part, celles qui présentent l’amour comme une passion dévastatrice pouvant mener jusqu’à la destruction de l’autre. Pourtant, aimer n’est pas détruire  !

Contrairement à un préjugé courant, l’enquête Enveff citée plus haut a montré que les violences conjugales traversent tous les milieux sociaux et toutes les catégories socioprofessionnelles à parts égales. En d’autres termes, croire que la violence conjugale ne concerne que les pauvres relève du mépris de classe pur et simple : elle ne dépend ni du niveau de revenu ni du niveau de diplôme des agresseurs et agressées. 40 % des cas de violences conjugales interviennent dans le couple lors d’une première grossesse lorsque les femmes sont le plus isolées (interruption de travail avec un congé maladie ou maternité) ou le plus vulnérables physiquement.

Le couple hétéro, un révélateur d’inégalités ?

Lorsque des violences sont aussi répandues que les violences conjugales on ne peut continuer à croire qu’il s’agit de faits isolés. Les violences conjugales apparaissent en grande majorité au sein des couples hétérosexuels toutes classes sociales confondues. Le couple hétérosexuel ou la famille hétérosexuelle est une institution sociale qui reproduit les dominations présentes dans le reste de la société.

Les femmes sont élevées depuis l’enfance dans l’idée qu’elles ne peuvent vivre sans hommes. Leur éducation est toute entière tournée vers le couple et la famille, elles sont destinées à prendre soin d’un homme et d’une famille. C’est une des raisons pour lesquelles aujourd’hui plus de 80 % du travail à temps partiel concerne les femmes. Au contraire, les hommes sont poussés dès l’enfance à grandir sans se préoccuper de l’économie domestique. Lorsqu’une femme et un homme s’installent ensemble ils ne sont déjà pas dans une situation d’égalité puisqu’ils ont incorporé toute une série de stéréotypes sexistes.

Les études sur le partage des tâches domestiques montrent les inégalités qui perdurent encore largement dans les couples hétérosexuels : les femmes travaillent plus que les hommes à la maison et effectuent les tâches ménagères les plus invisibles et les moins valorisées. Le travail domestique est un travail gratuit effectué par les femmes que s’approprient les hommes.

Les violences conjugales qu’elles soient psychologiques ou physiques font partie de ce système d’exploitation des femmes. Pour tirer profit d’un individu, l’exploitant doit détruire chez cet individu l’estime de soi et le convaincre que l’exploitation est naturelle. Dans certains cas l’exploitation conduit à la violence. Tant que les femmes seront considérées comme dépendantes et inférieures aux hommes, les hommes continueront à user de leur pouvoir de domination contre elles.

En bref, les violences conjugales ne proviennent pas d’histoires individuelles. Ce n’est pas parce que c’est lui, ce n’est pas parce que c’est elle. C’est parce que c’est un homme, c’est parce que c’est une femme. Posons-nous la question  : à qui profite le crime  ? À un système d’exploitation des femmes par les hommes. Ce système, c’est le patriarcat.

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VIOLENCES AU SEIN DU COUPLE

  • En 2014, 118 femmes et 25 hommes ont été tué-e-s par leur conjoint ou ex-conjoint.
  • En moyenne, chaque année, on estime que 223 000 femmes âgées de 18 à 75 ans sont victimes de violences conjugales dans ses formes les plus graves (violences physiques et/ou sexuelles de la part de leur conjoint ou ex -conjoint).
  • 143 000 enfants vivent dans un foyer où une femme a déclaré être victime de violences physiques et/ou sexuelles de la part de son conjoint ou ex -conjoint.
  • Sur un an, de novembre 2014 à octobre 2015, 82 635 faits de violences commis par conjoint ou ex-conjoint ont été recensés par les forces de sécurité en France métropolitaine. Dans 88% des cas, la victime est une femme (72 873 faits).

VIOLENCES SEXUELLES

  • En moyenne, chaque année, on estime que 84 000 femmes âgées de 18 à 75 ans sont victimes de viols ou de tentatives de viol. Dans 90% des cas, la victime connaît son agresseur. 10% des victimes déclarent avoir déposé plainte.
  • En 2014, 765 hommes et 6 femmes ont été condamné-s-s pour viol sur des personnes de plus de 15 ans.

La Lettre de l’Observatoire national des violences faites aux femmes, novembre 2015.


Êtes-vous victime de violences conjugales  ?

Cet autotest a été réalisé par l’association Filactions . Évidemment, chaque paramètre pris isolement ne révèle pas forcément une situation de violence. Cependant, si vous répondez oui 3 fois ou plus, vous êtes victime d’une ou de plusieurs formes de violence conjugale  : physique, morale, psychologique et/ou économique. Alors, vous pouvez demander de l’aide aux associations. Il s’inspire du questionnaire réalisé pour l’enquête Enveff (voir l’article).

Au cours des 12 derniers mois, est-ce que votre conjoint ou ami :

  1. vous a empêchée de rencontrer ou de parler avec des amis ou des membres de votre famille ?
  2. vous a empêchée de parler à d’autres hommes ?
  3. a critiqué, dévalorisé ce que vous faisiez ?
  4. a fait des remarques désagréables sur votre apparence physique ?
  5. vous a imposé des façons de vous habiller, de vous coiffer ou de vous comporter en public ?
  6. n’a pas tenu compte ou a méprisé vos opinions, a prétendu vous expliquer ce que vous deviez penser ?
  7. a exigé de savoir avec qui et où vous étiez ?
  8. a cessé de vous parler, refusé totalement de discuter ?

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